Trois semaines après l’apaisement politique qu’avait apporté l’adoption du budget de la Sécurité sociale, la grève des médecins libéraux, soutenue par certains de leurs confrères hospitaliers rappelle, s’il en était besoin, la gravité du malaise des professions médicales et la fragilité du système de santé français dont les performances, longtemps données en exemple, se sont effritées. Ce mouvement de protestation, programmé du 5 au 15 janvier, d’une radicalité inédite tant par sa durée que par la diversité des catégories de médecins impliquées et des sujets de grogne, reflète tant la profondeur de la crise de notre modèle sanitaire, marquée par les difficultés de l’accès aux soins, que le flottement politique lié à l’impasse budgétaire et à la paralysie de l’exécutif.
Gréve janvier 2026
POURQUOI VOTRE MÉDECIN SE MOBILISE ? ET POURQUOI C’EST IMPORTANT POUR VOUS
Aujourd’hui déjà, il est difficile de trouver un médecin. Demain, ce sera pire.
Les décisions prises par les députés :
réduisent l’autonomie des médecins,
permettent de baisser leurs tarifs sans négociation,
ajoutent des contraintes et des sanctions,
découragent les installations,
et accélèrent la fermeture des cabinets.
Résultat : encore moins de médecins, encore plus d’attente, encore
moins d’accès aux soins.
Nous nous mobilisons pour éviter cela.
Nous nous battons pour que vous puissiez encore être soignés
demain.
Entre le 10 et le 15 janvier,
la médecine libérale ne répond plus.
Nous ne faisons pas grève contre vous. Nous faisons grève pour vous. Pour que votre médecin ne disparaisse pas.
Pour que la France ne devienne pas un désert médical. Pour que vous ayez encore accès aux soins.
La
médecine libérale française est aujourd'hui au bord du précipice. Ce
n'est ni un accident ni une fatalité. C'est le résultat de décisions
politiques anciennes, répétées, et jamais assumées.
La réalité est pourtant simple et incontestable : la médecine libérale assure l'essentiel des soins dans notre pays. Huit consultations médicales sur dix, six actes chirurgicaux sur dix,
l'immense majorité de la radiologie et des endoscopies digestives
reposent sur des médecins libéraux. Ce sont eux qui font tenir, au
quotidien, un système de santé déjà fragilisé.
Pourtant,
ces médecins sont aujourd'hui désignés comme responsables d'une crise
qu'ils n'ont pas créée. Pendant vingt ans, entre 1980 et 2000, les
gouvernements successifs ont préférentiellement réduit le nombre de
médecins formés, alors même que toutes les données démographiques et
épidémiologiques étaient connues. La population a augmenté de quinze
millions d'habitants, les maladies chroniques se multiplient, et la
demande de soins n'a cessé de croître. Rien de tout cela n’a été
anticipé.
Ce choix politique a un coût, et ce coût est désormais payé par la médecine libérale. En dix ans, le nombre de médecins libéraux a diminué de 12,5 %, tandis que six médecins généralistes sur dix ne sont plus médecins traitants. Dans le même temps, jamais le nombre de médecins salariés n'a été aussi élevé,
jamais les créations de postes hospitaliers n'ont été aussi
importantes. Ce contraste n'est pas le fruit du hasard : il traduit une
orientation assumée, celle d'un affaiblissement progressif de la
médecine libérale.
Ne nous trompons pas : les premières victimes de cette politique ne sont pas les médecins. Ce sont les patients. Car
affaiblir la médecine libérale, c'est désorganiser l'accès aux soins,
rallonger les délais, accentuer les inégalités territoriales et
fragiliser l'ensemble du système de santé.
La grève des médecins, un signal d’alarme
La multiplication des contentieux, entre une profession médicale exaspérée par des annonces politiques sans lendemain et des autorités publiques qui naviguent à vue, met en lumière l’urgence d’un plan pluriannuel pour la santé.
De manière significative, le mouvement, parti d’une protestation catégorielle de chirurgiens libéraux défendant leurs dépassements d’honoraires, a essaimé pour agréger une série de mécontentements hétéroclites : nouveau pouvoir donné à l’Assurance-maladie de baisser d’autorité la rémunération de certains actes en cas d’échec des discussions avec les professionnels, menace de sanction pour les médecins ne remplissant pas le « dossier médical partagé », limitation à un mois de la durée des premières prescriptions d’arrêt de travail, etc. Révélateur de la confusion est aussi le fait que certaines de ces mesures visées par les grévistes soit n’ont pas été adoptées (surtaxation des dépassements d’honoraires), soit ont été écartées par la ministre de la santé (fixation de tarifs par l’Assurance-maladie). Mais ces mesures ont en commun d’être perçues par les grévistes comme attentatoires à leur liberté d’exercice, facteurs de charge de travail supplémentaire ou bafouant le système conventionnel qui les lie à l’Assurance-maladie. Elles symbolisent à leurs yeux un autoritarisme qui monte, au moment où leur charge de travail est alourdie par la pénurie de soignants, la défiance et les incohérences des responsables politiques dans un contexte de valse des ministres.
Contraintes budgétaires
L’impression de malaise liée à la grève, programmée en plein pic épidémique hivernal et sans permanence de soins systématique, est accrue par le fait que le compromis sur le projet de loi de financement de la Sécurité sociale a précisément consisté à desserrer l’étreinte financière sur le système de santé et que l’augmentation des dépenses de santé (plus de 4 % par an), liée notamment au vieillissement de la population, doit être contrôlée. Comment les médecins, en particulier les spécialistes les plus favorisés financièrement, pourraient-ils échapper aux contraintes budgétaires qui pèsent sur l’ensemble de la population ? Comment, au passage, justifier la résistance à la pratique du dossier médical partagé, un carnet de santé numérique qui facilite le suivi des patients et évite les doubles prescriptions ?
On aurait tort, cependant, de négliger le signal d’alarme que constituent ce mouvement de grève et les colères multiples qu’il agglomère. Certes, notre système, qui combine libéralisme et réglementation et fait largement reposer la rémunération des médecins sur des recettes publiques, suppose un équilibre entre libertés et contraintes. Mais la multiplication des contentieux, entre une profession médicale exaspérée par des annonces politiques sans lendemain et des autorités publiques qui naviguent à vue, met en lumière l’urgence d’un plan pluriannuel pour la santé permettant de refonder un système éminemment précieux, mais dont les insuffisances ne font que nourrir l’extrémisme politique.